Trois belles performances françaises aux Championnats du monde Spartan de Hvar, en Croatie. Grégory Basilico décroche l’argent mondial sur le Sprint 5 km, Inès Thévenod-Mottet intègre le top 6 féminin et Alexis Chauvet atteint les quarts de finale du 100 mètres. Au-delà des résultats, ce rendez-vous confirme la polyvalence des meilleurs spécialistes et permet une comparaison intéressante avec les Mondiaux UIPM de Pékin.

Hvar : deux formats, deux manières de briller

D’un côté, un sprint de 100 mètres, douze obstacles et des duels où la moindre hésitation peut coûter une qualification. De l’autre, cinq kilomètres, vingt obstacles, des passages dans la mer Adriatique, des portions rocheuses et une montée vers la forteresse qui domine Hvar.

Entre le 9 et le 11 octobre 2026, l’île croate accueillait deux Championnats du monde Spartan aux exigences bien différentes.

Le 100 mètres fait la part belle à l’explosivité, à la coordination et à la précision des franchissements. Le Sprint réclame davantage d’endurance, mais également une capacité à rester efficace sur les obstacles malgré la fatigue et les changements de terrain.

Deux expressions de la course à obstacles, réunies le temps d’un week-end.

Et trois Français ont particulièrement retenu notre attention.

Grégory Basilico : champion du monde Ultra en juillet, vice-champion du monde Sprint en octobre

Il y a des résultats qui parlent d’eux-mêmes. Et d’autres qui prennent une tout autre dimension lorsqu’on les replace dans une saison.

Celui de Grégory Basilico appartient clairement à la seconde catégorie.

Le 3 juillet dernier, le Français remportait les Championnats du monde Spartan Ultra à Morzine. Plus de six heures et demie d’effort sur un parcours de montagne d’environ 50 kilomètres, jalonné de plus de 60 obstacles.

Trois mois plus tard, changement complet de programme.

Direction Hvar, pour un Sprint de cinq kilomètres, vingt obstacles et une course disputée en une quarantaine de minutes.

Résultat : Grégory Basilico termine vice-champion du monde en 40 min 26 s, à seulement 32 secondes du Néerlandais Frank Oosterom. Le Tchèque Richard Hynek complète le podium.

Déjà troisième des Mondiaux Sprint en 2025, le Français gagne donc une place cette année.

Et quand on ajoute ses autres références, notamment son titre mondial sur la Beast en 2025 et ses sacres sur la Trifecta, une évidence apparaît : Basilico fait partie des athlètes les plus complets de la Spartan Race internationale.

Un grand coureur, mais pas seulement

On entend parfois une critique à propos de la Spartan Race : les meilleurs seraient avant tout de très bons coureurs, les obstacles ne constituant finalement qu’un élément secondaire.

Il y a évidemment une part de vérité dans la première proposition. Pour gagner au plus haut niveau, il faut courir très vite. Personne ne peut sérieusement prétendre le contraire.

Mais réduire la discipline à une simple course à pied serait oublier tout ce qui vient s’ajouter à l’effort.

Le franchissement, la coordination, la force, les portages, les obstacles techniques, les pénalités éventuelles et la capacité à retrouver immédiatement son rythme de course participent à la performance.

Hvar en offrait une illustration intéressante avec ses passages aquatiques et son lancer de lance sur cible flottante.

La polyvalence de Basilico ne permet évidemment pas de mesurer précisément le poids de chaque obstacle dans son résultat. En revanche, elle démontre sa capacité à rester parmi les meilleurs lorsque la durée, le terrain et les contraintes techniques changent radicalement.

De l’Ultra au Sprint, il faut savoir mobiliser des qualités différentes sans perdre ce qui fait la spécificité de la course à obstacles.

Et c’est précisément ce qui rend sa saison aussi remarquable.

Inès Thévenod-Mottet : sixième mondiale, une performance qui mérite d’être saluée

Il n’y a pas que les médailles qui racontent le niveau d’une nation.

À Hvar, Inès Thévenod-Mottet termine sixième des Championnats du monde Spartan Sprint, avec un temps de 50 min 58 s.

Une performance qui mérite largement qu’on s’y attarde.

En 2025, la Française avait terminé neuvième de ce même championnat. Un an plus tard, elle gagne trois places dans la hiérarchie mondiale.

Devant elle, la concurrence est solide. La Tchèque Zuzana Kocumová remporte le titre en 47 min 35 s devant la Sud-Africaine Sabrina Daolio et la Danoise Henriette Bardrum.

Mais la sixième place d’Inès n’a pas besoin d’être présentée comme un podium manqué pour avoir de la valeur.

Elle fait partie des six meilleures athlètes du championnat mondial Spartan Sprint 2026. C’est déjà une référence sportive de premier plan.

Un top 10 mondial n’est pas un lot de consolation

Dans notre manière de raconter le sport, nous avons parfois tendance à tout organiser autour des trois premières places.

Les champions remportent les titres. Les médaillés occupent les images. Et les suivants disparaissent rapidement des comptes rendus.

Pourtant, atteindre un top 10 mondial dans une discipline compétitive représente des années d’entraînement, des choix de préparation, des sacrifices et une régularité rarement visibles dans un simple classement.

Il faut aussi distinguer une performance absolue d’une performance relative : gagner trois places d’une année sur l’autre ne signifie pas automatiquement courir plus vite, notamment lorsque les parcours et les conditions changent. Cela signifie en revanche mieux se classer face aux adversaires présents.

Et c’est bien ce que réalise Inès à Hvar.

Cette sixième place prend également un relief particulier lorsqu’on la rapproche d’une autre compétition internationale disputée quelques semaines auparavant.

Pékin et Hvar : des résultats qui se répondent

Début septembre, les Championnats du monde UIPM d’obstacles se tenaient à Pékin, en Chine.

Parmi les épreuves proposées figurait le 3 kilomètres, un format distinct du Sprint Spartan, mais suffisamment proche dans ses exigences générales pour offrir des comparaisons intéressantes.

Inès Thévenod-Mottet y avait pris la 11e place mondiale, en 16 min 16 s.

Un peu plus d’un mois plus tard, elle termine sixième à Hvar.

L’intérêt ne réside pas dans une comparaison directe des temps ou des classements. Les parcours, les distances, les obstacles, les règlements et les plateaux de départ ne sont pas identiques.

C’est plutôt dans la présence récurrente de certains athlètes au plus haut niveau que se trouve le véritable enseignement.

Prenons Sabrina Daolio.

La Sud-Africaine a remporté le titre mondial UIPM sur 3 kilomètres à Pékin. À Hvar, elle décroche l’argent sur le Sprint Spartan.

Même athlète, deux championnats distincts et deux podiums mondiaux.

Cette capacité à performer sur plusieurs circuits illustre une réalité sportive importante : les frontières entre les compétitions internationales d’obstacles ne sont pas aussi étanches qu’on pourrait le croire.

Les organisations, les règlements et les formats diffèrent. Mais une partie des meilleurs spécialistes évolue dans plusieurs de ces environnements.

Cela ne suffit pas à établir une hiérarchie commune entre les championnats. En revanche, cela permet de mieux comprendre le niveau des athlètes qui s’y illustrent.

Alexis Chauvet : dans les huit derniers du 100 mètres mondial

Sur le 100 mètres, la compétition change complètement de visage.

Finies les longues portions de course. Place à une succession d’obstacles franchis à grande vitesse, avec des duels directs lors des phases finales.

À Hvar, la pluie a d’ailleurs obligé les organisateurs à adapter le calendrier des finales, rappelant que même une épreuve de quelques dizaines de secondes reste soumise aux conditions du terrain.

Parmi les Français présents, Alexis Chauvet a atteint les quarts de finale mondiaux.

Dans un tableau final réunissant seize concurrents, atteindre ce stade suppose de franchir un premier tour éliminatoire et d’intégrer les huit derniers athlètes en lice.

C’est une performance significative dans un format où les qualités physiques ne suffisent pas : chaque prise, chaque appui, chaque réception et chaque transition peuvent faire basculer un duel.

Chauvet possède déjà des références nationales sur l’obstacle court, notamment sur les distances de 70 et 100 mètres.

Son parcours à Hvar mérite donc sa place dans le bilan français, aux côtés des performances réalisées sur le Sprint.

Le 100 mètres : des spécialistes qui se retrouvent d’un championnat à l’autre

La comparaison avec les Mondiaux UIPM de Pékin devient encore plus parlante lorsqu’on regarde les podiums internationaux du 100 mètres.

À Pékin, le Britannique Oliver Addy avait décroché la médaille de bronze. À Hvar, il devient champion du monde Spartan.

Chez les femmes, l’Israélienne May Yahalom, championne du monde UIPM à Pékin, termine deuxième à Hvar.

La Polonaise Katarzyna Jonaczyk réalise le parcours inverse : vice-championne du monde UIPM, elle décroche l’or Spartan en Croatie.

Ces résultats ne font pas des deux épreuves des compétitions identiques. Mais ils montrent que certains des meilleurs spécialistes du 100 mètres sont capables de jouer les premiers rôles sur plusieurs circuits.

C’est une information importante lorsqu’on cherche à comprendre l’évolution du haut niveau international.

Et c’est aussi ce qui rend la performance d’Alexis Chauvet intéressante : accéder aux quarts de finale dans un tableau où évoluent certains de ces spécialistes mondiaux constitue déjà un résultat à part entière.

La course à obstacles grandit aussi par la reconnaissance de ses performances

Que retenir de ces Championnats du monde de Hvar ?

D’abord, l’incroyable polyvalence de Grégory Basilico. Un titre mondial sur l’Ultra, puis l’argent sur le Sprint en l’espace de trois mois : peu de résultats illustrent aussi clairement la diversité des qualités nécessaires pour exceller en Spartan Race.

Ensuite, la confirmation d’Inès Thévenod-Mottet, capable d’intégrer le top 6 mondial et de gagner trois places par rapport à l’année précédente.

Enfin, le parcours d’Alexis Chauvet, qui atteint les quarts de finale mondiaux d’une spécialité courte où la maîtrise technique joue un rôle central.

Trois performances différentes. Trois façons d’exister au plus haut niveau.

Et derrière elles, une observation plus large : les résultats de Hvar, rapprochés de ceux des Mondiaux UIPM de Pékin, montrent qu’une partie de l’élite internationale circule déjà entre plusieurs formats et organisations.

Cette convergence sportive ne règle évidemment pas les questions de structuration ou de reconnaissance institutionnelle de la discipline. Mais elle raconte quelque chose d’essentiel : les athlètes construisent, par leurs performances et leur régularité, des références qui dépassent les frontières des circuits.

Pour Obstacle.fr, c’est aussi une conviction éditoriale.

Les podiums méritent d’être célébrés. Mais le sport de haut niveau ne s’arrête pas à la troisième place.

Une médaille d’argent, une sixième place mondiale ou un quart de finale ne racontent pas la même histoire. Toutes méritent d’être racontées.