20,6 km, 711 mètres de D+ et 32 obstacles. Sur le papier, la Beast des Championnats d’Europe de Saint-Raphaël n’est pas la plus montagneuse. Mais avec le plateau annoncé, elle pourrait être l’une des plus intéressantes à lire. Parce que chez les hommes comme chez les femmes, tout le monde n’a pas intérêt à courir la même course.
Il y a des listes de départ où il faut chercher les favoris. Là, franchement, non.
Chez les hommes, Grégory Basilico arrive avec son statut de numéro 1 mondial et de champion du monde Beast 2025. Richard Hynek est champion d’Europe en titre. Stijn Lagrand a été champion du monde Sprint et vice-champion du monde. Thibault Jean enchaîne les podiums internationaux.
Chez les femmes, c’est encore plus compliqué à ranger : Zuzana Kocumová est toujours là, Leslie Lejeune revient avec son titre mondial Ultra, Perrine Abadie a tout gagné en France cette saison et Alisa Petrova, si elle obtient son visa, débarque avec le titre mondial Beast et la place de numéro 1 mondiale.
Bref : il y a du monde.
Mais surtout, il y a plusieurs façons possibles de gagner cette course.
Basilico devant. Mais certainement pas seul
Je ne vais pas fabriquer artificiellement du suspense : Grégory Basilico est l’homme à battre.
Champion du monde Beast 2025, actuel numéro 1 mondial, il a surtout montré qu’il était difficile de trouver un terrain sur lequel il n’était pas dangereux.
C’est presque ça, aujourd’hui, sa principale force. Il n’a pas besoin que Saint-Raphaël ressemble exactement à « sa » course.
Grégory Basilico est le favori. La vraie question est plutôt de savoir quel scénario peut le mettre en difficulté.
La première réponse s’appelle Richard Hynek.
Le Tchèque est champion d’Europe en titre, champion du monde Sprint 2025 et surtout le seul athlète de ce plateau à avoir battu Basilico la saison dernière.
Ce n’est pas un détail.
Si la course devient plus physique, si les obstacles prennent davantage de poids, Hynek a déjà montré qu’il savait transformer ce type de scénario en victoire.
Mais il existe une autre possibilité : que cette Beast aille vite.
Avec 20,6 kilomètres et 711 mètres de D+, on est très loin d’une Beast de Morzine. Et plus ça court, plus Stijn Lagrand devient intéressant.
Champion du monde Sprint 2024, vice-champion du monde en 2025, troisième des Europe : il possède la vitesse et l’efficacité sur les obstacles pour rendre la course franchement inconfortable pour les autres.
Et puis il y a Thibault Jean.
Vice-champion du monde Ultra 2026. Vice-champion d’Europe 2024. Troisième du championnat du monde Beast 2024.
Sur énormément de courses, on s’arrêterait là et on écrirait « favori ».
Ici, il se retrouve face à Basilico, Hynek et Lagrand.
Thibault peut faire une énorme course et terminer au pied du podium. Ça ne dirait pas grand-chose de son niveau. Ça dirait surtout quelque chose du niveau de ce plateau.
Et derrière ce quatuor, Manuel Dufaux ou Jonathan Garcia ont largement assez de références pour profiter de la moindre ouverture.
Un obstacle raté, une pénalité, quelques secondes abandonnées au mauvais endroit : sur un championnat, ça va très vite.
Chez les femmes, beaucoup moins de certitudes
Là, je vais prendre beaucoup moins de risques : je ne sais pas qui est la favorite.
Et j’aime plutôt bien ça.
Si Alisa Petrova obtient son visa et prend le départ, évidemment qu’elle entre immédiatement dans la bataille. Championne du monde Beast 2025, numéro 1 mondiale : son niveau n’est pas la question.
Sa présence, et davantage sa forme actuelle, le sont.
À l’inverse, il y en a une qu’il ne faudrait surtout pas ranger dans la catégorie « immense championne encore compétitive ».
Zuzana Kocumová peut gagner ce championnat.
Pas grâce à ce qu’elle faisait il y a quelques années. Grâce à ce qu’elle fait encore maintenant.
Vice-championne d’Europe en 2025, troisième du championnat du monde Sprint la même année, elle continue à jouer devant.
Zuzana Kocumová n’est pas là pour ajouter un grand nom au casting. Elle est là pour gagner.
Et derrière, les deux principales chances françaises racontent presque deux courses opposées.
Pour Leslie Lejeune, j’ai envie de résumer l’équation très simplement : plus ça durcit, plus elle monte.
Championne du monde Ultra 2025 et victorieuse de la Beast de Morzine cette saison, elle a déjà montré ce qu’elle savait faire quand une course commence à user les organismes.
Saint-Raphaël devrait être plus rapide. Mais si le terrain, la chaleur, les portages ou les obstacles commencent à casser le rythme, son profil prendra de plus en plus de valeur.
Perrine Abadie, c’est presque l’inverse.
Elle a remporté toutes les étapes des France National Series 2026. Elle sait courir. Très vite même. À Morzine, elle était en tête de l’Ultra avant son abandon.
Mais Morzine a aussi posé très clairement la question qui l’accompagne encore : les obstacles.
Combien Perrine peut-elle prendre en courant ? Et combien va-t-elle rendre en franchissant ?
C’est probablement l’une des questions que j’ai le plus envie de voir tranchées ce week-end.
Parce que si la deuxième réponse commence à se rapprocher sérieusement de zéro, on ne parlera plus seulement de la Française qui domine le circuit national.
Elle peut changer de statut.
Et il faudra encore compter avec Claudia Bongiovanni, vice-championne du monde Super 2025, ou Andrea Berquez, vice-championne du monde Ultra 2025, de retour après sa blessure.
Une Beast qui ne choisit pas son vainqueur à l’avance
C’est finalement ce qui me plaît le plus dans le profil annoncé.
20,6 kilomètres. 711 mètres de D+. 32 obstacles.
Ce n’est pas suffisamment montagneux pour donner immédiatement les clés aux purs spécialistes des longues courses. Pas suffisamment court pour transformer ça en Sprint prolongé. Et il reste 32 obstacles pour rappeler qu’on est bien sur une Spartan.
Les gros moteurs peuvent faire mal.
Les meilleurs techniciens aussi.
Et ceux qui n’ont pas de véritable point faible encore davantage.
Sur le papier, chez les hommes, j’ai donc Basilico devant. Hynek et Lagrand sont probablement les deux menaces les plus évidentes. Thibault Jean est juste derrière — et parfaitement capable de faire exploser cette petite hiérarchie.
Chez les femmes, je serais beaucoup moins catégorique. Kocumová apporte peut-être le plus de garanties. Petrova peut rebattre les cartes si elle est là. Lejeune a besoin que la course durcisse. Abadie a besoin que ses obstacles suivent son moteur.
On peut passer des heures à construire la hiérarchie. L’Estérel aura 20,6 kilomètres pour nous expliquer pourquoi on s’est trompés.
Et c’est quand même beaucoup plus intéressant comme ça.





