Il existe des courses difficiles. Et puis il existe Morzine. Nous étions particulièrement heureux d’être présents pour ces championnats du monde Spartan Ultra, dans ce décor qui transforme chaque montée, chaque obstacle et chaque abandon en une émotion à part entière. Depuis la Pointe de Nyon, en accompagnant les coureurs et en suivant leurs visages, une évidence s’est imposée : cette épreuve est l’une des plus exigeantes au monde, si ce n’est la plus dure.

Annoncée à 50 km et 60 obstacles, elle est devenue après course un monstre de 55 km et plus de 75 obstacles selon le ⁠bilan publié par Spartan. Certaines montres ont affiché jusqu’à 54 km. Dans les pentes de Morzine, cette différence ne représente pas quelques kilomètres anecdotiques : elle change complètement la gestion de l’effort.

Basilico et Daolio au sommet

Chez les hommes, Grégory Basilico s’est imposé en 6 h 32’32 devant Thibault Jean, deuxième en 6 h 44’48, et Antoine Freymond, troisième en 7 h 18’23. Pour sa première couronne mondiale sur l’Ultra, Basilico ajoute une sixième médaille d’or mondiale à un palmarès déjà immense. Une performance incroyable sur un parcours où il fallait autant savoir courir que résister.

Chez les femmes, Sabrina Daolio l’emporte en 8 h 17’21, seulement deux minutes devant Külli Sizask, deuxième en 8 h 19’09. Ulrikke Evensen complète le podium en 8 h 21’17. Quatre minutes séparent ainsi les trois premières après plus de huit heures d’effort. Daolio a réalisé cet exploit après s’être tordu la cheville avant le huitième kilomètre, poursuivant près de sept heures dans la douleur.

Quand le trail ne suffit plus

Avec 800 finishers issus de 46 nationalités et environ 33 % d’abandons, Morzine a rappelé que l’Ultra Spartan n’était pas simplement un trail auquel on aurait ajouté quelques obstacles. La montagne use les jambes, mais les ateliers techniques terminent le travail sur les bras, la coordination, le grip et la lucidité.

Le témoignage de Perrine Abadie, recueilli par le podcast ⁠Dans la Tête d’un Coureur, le résume parfaitement. Cette traileuse de très haut niveau, dont la cote UTMB approche les 700, a été mise à plat par l’enchaînement des obstacles, au point que les cinq derniers kilomètres de sa première boucle lui ont demandé près d’une heure. Elle a finalement renoncé avant de repartir. Morzine sanctionne immédiatement celui ou celle qui n’est préparé qu’à une seule dimension de l’effort.

Une course magnifique, mais des questions légitimes

Cette édition doit toutefois conduire l’organisation à se remettre en question. La barrière horaire annoncée autour du kilomètre 32 apparaissait entre les kilomètres 34 et 36 sur plusieurs traces GPS que nous avons consultées. Sur un tel terrain, deux à quatre kilomètres supplémentaires modifient profondément un plan de course. Des coureurs Open ont ainsi été contraints à l’abandon alors qu’ils pensaient encore pouvoir poursuivre.

Nos retours de terrain font également apparaître un problème d’approvisionnement en eau : sur les deux premiers ravitaillements, plusieurs coureurs n’ont pas pu refaire correctement le plein et ont dû attendre le troisième pour remplir leurs poches. À cela s’ajoute le problème de balisage reconnu par Spartan, qui a touché plusieurs hommes de tête. Ces difficultés n’effacent en rien la beauté de l’événement, mais elles interrogent nécessairement la logistique attendue d’un championnat du monde.

Morzine, évidemment

Dix ans après la première Spartan organisée ici en 2016, Morzine reste un théâtre incomparable. Spartan avait initialement annoncé Big Bear pour accueillir l’édition 2026, avant de revenir sur sa décision. Difficile, une fois sur place, de ne pas comprendre pourquoi.

Les championnats du monde Ultra reviendront à Morzine le 2 juillet 2027. C’est une excellente nouvelle. Parce que malgré ses imperfections, cette course possède quelque chose que peu d’événements peuvent fabriquer : un territoire, une identité, une brutalité et une beauté capables de révéler les athlètes autant que les êtres humains.