Le sport hybride promet de ne plus choisir : courir, être fort, porter, tirer, grimper. Être prêt à tout. À quelques jours de Spartan Paris, j’ouvre le débat : sommes-nous « un sport outdoor hybride » ? Parce que si être hybride signifie vraiment être prêt à tout, alors la course à obstacles a peut-être un sérieux argument à faire valoir.

Le mot est partout. HYROX, DEKA, ATHX, les salles de fitness, les coachs, les programmes d’entraînement et surtout toute une génération de pratiquants qui se définissent comme des « athlètes hybrides ». Quand on les écoute parler de leur pratique, l’idée est assez simple : ils ne veulent plus choisir entre être coureur ou être fort. Ils veulent pouvoir courir un 10 km, faire des tractions, porter lourd, avoir du cardio et se lancer demain dans une épreuve différente.

En gros, être prêts à tout.

Et c’est exactement là que Spartan m’a chauffé avec son « sport outdoor hybride ». Parce que la question n’est peut-être pas de savoir si la course à obstacles peut rejoindre la grande famille des sports hybrides. Mais plutôt si nous ne sommes pas en train de mettre un nouveau mot sur quelque chose qu’elle fait depuis longtemps — et qu’elle pousse peut-être encore un peu plus loin. Le 19 septembre, ils seront plus de 5000 à la base de loisirs de Jablines, près de Paris pour se dépasser sur les obstacles de Spartan Race.

Le problème, c’est peut-être le « tout »

Soyons clairs : HYROX est évidemment hybride. Il faut courir, pousser, tirer, porter, ramer, faire des burpees, des fentes, des wall balls, puis repartir courir avec des jambes qui commencent sérieusement à négocier. Il faut de l’endurance, de la force et savoir passer d’un effort à l’autre.

Mais HYROX assume aussi ce qui fait une grande partie de sa force : tout est extrêmement cadré. Même format, mêmes ateliers, mêmes distances, mêmes standards. C’est ce qui permet de préparer précisément l’épreuve, de comparer ses performances et de revenir chercher quelques minutes ou quelques secondes quelques mois plus tard.

HYROX construit un cadre stable pour mesurer la performance.

Et ce n’est absolument pas une critique. Au contraire, cette lisibilité explique probablement une partie de son succès. Sauf que si la promesse de l’athlète hybride est réellement d’être « prêt à tout », il manque peut-être une chose dans cette définition : l’imprévu.

Être polyvalent, oui. S’adapter, surtout.

Prenons exactement le même athlète. Il court bien, il est fort, il sait porter, tirer, pousser, se suspendre. Maintenant, mettons-le sur une course à obstacles.

Il va toujours devoir courir. Mais sur quoi ? Du plat à Jablines, du dénivelé à Morzine, un chemin défoncé, de la boue, une descente technique. Il va toujours devoir grimper. Mais avec des mains sèches ? Mouillées ? Pleines de terre ? Après trois kilomètres ou après vingt ?

Photo : @SpartanFrance

Une corde reste une corde. Sauf quand elle a pris la pluie, la boue de centaines de concurrents et que vos avant-bras arrivent déjà chargés dessus. Même chose pour une monkey bar, un portage ou un mur : l’exercice porte toujours le même nom, mais les conditions changent complètement la manière dont il faut le résoudre.

Spartan Paris résume presque parfaitement cette diversité : « courir, grimper, porter, ramper, franchir un mur, traverser des passages aquatiques ou encore progresser dans la boue ». Il manque juste un verbe : s’adapter.

La course à obstacles ne demande pas seulement ce que tu sais faire. Elle demande ce que tu es encore capable de faire ici, maintenant, dans ces conditions-là.

Et pour moi, c’est là que l’hybridité prend une autre dimension.

Le terrain fait partie du sport

C’est peut-être tellement évident pour nous qu’on oublie parfois de le dire : le terrain n’est pas simplement l’endroit où l’on installe les obstacles. Il fait partie de l’épreuve.

Photo : @SpartanFrance

La pente change la course. La boue change les appuis. La pluie change la préhension. Le froid change les mains. L’eau change ce qui vient après. Et une météo un peu énervée peut transformer sérieusement une course que l’on pensait connaître. C’est aussi pour cela que deux épreuves de même distance peuvent demander des qualités très différentes. Certaines courses favorisent la vitesse, d’autres le grip, la technique, le dénivelé, l’eau ou les portages. Parfois tout à la fois.

Et vu sous l’angle du sport hybride, ce qui ressemble parfois à une faiblesse — cette difficulté à tout standardiser — devient au contraire une caractéristique fondamentale.

Le fitness racing mélange les qualités physiques. La course à obstacles mélange les qualités physiques et le contexte dans lequel il faut les utiliser.

Alors oui, je vais l’assumer

Après plus de dix ans à regarder cette discipline évoluer, je crois que nous avons parfois tellement essayé de la faire entrer dans les cases existantes que nous oublions ce qu’elle contient déjà. Et sur ce point, le mot « hybride » lui va finalement très bien.

La course à obstacles est, à mes yeux, le sport hybride ultime. Pas parce qu’elle serait plus dure que HYROX, ni parce que quelques kilos de boue donneraient une quelconque supériorité morale à ceux qui préfèrent courir dehors. Cette comparaison-là ne m’intéresse pas. Elle est hybride au sens le plus large du terme parce qu’elle demande de courir, porter, tirer, grimper, se suspendre, être coordonné, gérer son effort, parfois nager, mais surtout de mobiliser tout cela au bon moment dans un environnement qui ne reste jamais totalement neutre.

Photo : @SpartanFrance

HYROX contrôle au maximum cet environnement pour mieux mesurer ce que l’athlète produit. La course à obstacles, elle, intègre une partie de cet environnement dans la performance. Le terrain, la météo, l’état des obstacles et la fatigue accumulée modifient en permanence la manière dont il faut utiliser les qualités que l’on a entraînées. Et c’est précisément ce qui rapproche, à mes yeux, la discipline de cette promesse que l’on entend aujourd’hui partout chez les athlètes hybrides : ne pas être excellent dans une seule chose, mais être capable de répondre à ce qui arrive.

Si être hybride signifie vraiment être prêt à tout, alors Spartan avait raison de choisir le mot.

Je crois simplement que la course à obstacles n’a pas attendu qu’il devienne à la mode pour l’être.