Je m’appelle Mélanie, j’ai 26 ans. Il y a deux ans je faisais partie de la moyenne sportive des français. Ceux qui font un peu de sport mais qui ne sortent pas tout à fait de leur zone de confort.

J’ai fait la première Spartan race de l’ouest de la France en mai 2016. J’étais en vague open avec une amie. J’ai trouvé le concept assez sympa et les mois qui ont suivi, j’ai enchaîné avec la Castle Race et la Color Run de Bordeaux. J’avais prévu de participer à un The Mud Day également.

En parallèle de tout ça, je préparais un concours. J’avais réussi les écrits avec des très bonnes notes. Mon prochain objectif était donc de valider les épreuves de sport. Pour ça, je m’en donnais les moyens et les résultats commençaient à pointer le bout de leurs nez !

Jusqu’à ce jour….

Le jour où tout a basculé

Malheureusement, on voit souvent aux informations des histoires de joggeuses qui se font agresser. On a l’impression que « ça n’arrive qu’aux autres ».

Ce jour là, l’autre, c’était moi. Partie seule sur des routes de campagnes que je connaissais par cœur, j’ai fait cette rencontre.

Dans ces moments, tu n’es plus une jeune femme seule qui se balade, tu es la proie d’un taré. Ces longues minutes où il m’aura épié, où je savais qu’il allait se passer quelque chose de terrible sans pouvoir y échapper, ces longues minutes m’ont semblé des heures. Ces chemins si familiers devenus un labyrinthe dont je ne sortirai pas indemne.

Je vous passe les détails de l’agression, mais une chose est sûre c’est que j’ai décidé de me battre et pour sauver ma vie, j’ai dû saisir cette lame à pleine main avant qu’elle ne s’écrase sur mon thorax. J’arrivai à mettre mon agresseur en fuite grâce aux cours des différents sports de combat que j’ai pratiqué. Il sera arrêté trois mois et demi plus tard grâce à la description détaillée que j’ai pu faire de lui et à l’admirable travail des enquêteurs.

Mais cette agression aura laissé des traces. Les séquelles sur ma main me font échouer à mon concours si durement préparé. Ça sera le début d’une dépression non avouée. À cela, il faut ajouter une chirurgie et une rééducation douloureuse qui va durer plus de six mois.

J’ai plus de grip dans la main gauche. Je n’ai plus la force de sortir seule…

Le sport comme remède

Lors de ma participant à la Spartan de Saint-Jean-d’Angely, je me suis fait des connaissances qui eux aussi raffolent de courses à obstacles. À force de persuasions, ils réussissent à me faire venir à ce qui sera le premier bootcamp de notre future équipe.

Je les vois, ces quelques passionnés, se construire des obstacles à la maison et penser déjà aux courses de la prochaine saison. Ça me fait rêver. Contrairement à moi, ils sont persuadés que ma main va guérir. Alors ils me poussent et je serai donc présente à la Spartan de Carcassonne. « Si, si, tu verras : tu prends ton temps et ça passera, on sera là t’inquiète pas ».

T’es forte, t’es une spartiate alors arrête de déprimer et crois en toi car nous on y croit !

Je suis une spartiate

Ce sont ces mots là qui m’ont sauvé. Ils ont pris un vrai sens. Dans l’imaginaire collectif, les spartiates n’abandonnent pas.

J’ai trouvé en moi la force de recommencer à zéro mes entraînements, poussée par leur pari de me voir réussir. L’astuce a été d’aller à la salle de sport, là-bas, je le sais, je suis en sécurité.

Ensuite je me suis remise à la course mais jamais sans mon chien ! C’est un amour mais avec ses trente kilo, il repousse les gens. Je préparais soigneusement mes trajets pour ne jamais me retrouver dans un endroit isolé. Je prévenais mes proches de mes circuits et des heures de départs. Jamais le même jour, ni la même heure. Ma montre connectée de l’époque avait un système me permettant d’envoyer un message d’alerte à mes proches ainsi que ma position GPS. Et ça, c’est rassurant.

Mes amis d’Aroo OCR Crew ont cru en moi, et m’ont fait croire en mes capacités. « Pourquoi tu te mettrai pas en compétitive ? Tu en as les moyens ». D’accord les gars, j’ai envie de vous croire !

Mais pour ça il fallait plus d’entraînements. Je vais pas vous mentir. Aujourd’hui encore, je vais courir avec mon chien ou accompagnée. Mais aujourd’hui, je peux y aller plusieurs fois par semaine. Je ne rentre plus en pleurs, je ne me fige plus au moindre bruit.

Me forcer à m’entraîner comme je l’ai fait; trouver une passion pour ne plus penser à ça. Avoir de nouveaux objectifs pour oublier les échecs. C’est ça la solution ! Sans ces objectifs, je n’aurais jamais récupéré mes capacités physiques. Je serais restée enfermée chez moi. Je serais encore en dépression. Ils m’ont permis d’accepter le rôle que j’avais dans cette histoire, celui de victime. C’est le premier pas vers la guérison. Et quand tu réussis, toutes ces heures de souffrances prennent enfin un sens.

La course à obstacle, cette famille qui m’a ouvert les bras, c’est ma bouée de sauvetage.

Et comme une revanche sur la vie, elle m’a conduite l’an dernier aux championnats du monde indépendants de Toronto sans oublier que j’ai trouvé mon spartiate, celui qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort et qui continue.

Alors les filles, dans ce sport féminin, puisque plus de 50% des inscrits sont des femmes, soyez des spartiates du quotidien. Et si je peux vous aider ou simplement vous écouter si c’est ce dont vous avez besoin, n’hésitez pas [NDLR : obstacle.fr se charge de faire la mise en relation].

La vie vous réserve toujours quelque chose de bien !

Mélanie Fillon, août 2018

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