Les dernières nuits précédant le départ ont été courtes, hachées par des réveils nombreux d’excitation, de stress, de questions. Quelques jours avant le début des épreuves Spartan Race a envoyé un mail à tous les participants nous informant des différentes distances et dénivelés :

  • La Sprint, 8 kilomètres et 200 mètres de dénivelé
  • La Super, 16 kilomètres 200 et 432 mètres de dénivelé
  • La Beast, 28 kilomètres et 1000 mètres de dénivelé !

Je n’ai jamais couru 28 kilomètres, ni pris part à une course dont le dénivelé est d’un kilomètre ! Et encore moins après en voir fait deux, la veille, pour un total de 24 kilomètres…  Mais je me sens prêt à affronter ce défi auquel je me prépare depuis 9 mois. Je sais que sur place, seule la compétition comptera, je saurais faire abstraction de ce que tout le quotidien me réserve, mettre ma vie « ordinaire » de côté pour ce moment unique et profiter au maximum de cette parenthèse de vie.

Grégory : le défi d’une vie

Ce vendredi 2 novembre, je me lève à 3 heures du matin, je décolle pour Athènes à 6h05 et atterrissons trois heures plus tard. Les deux heures et demi de voiture pour rejoindre Sparte nous font apprécier le paysage grec sous le soleil et la chaleur en ce début novembre. Si la Grèce est en majorité montagneuse et laisse peu de place aux plaines, plus nous approchons de Sparte, plus nous nous rendons compte que ces montagnes sont bien plus hautes.

La place centrale est garnie de Spartans de tous continents, d’immenses drapeaux flottent au vent en attendant la grande parade des nations prévue le soir, une bâche géante où est inscrit le nom de chaque participant est déployée, je m’amuse à retrouver le mien au milieu de tous les autres concurrents et je me rends compte que j’ai une chance incroyable d’être ici.

Tout le monde se salue, nous échangeons quelques mots en anglais, en espagnol avec des athlètes américains, hongrois, russes, australiens, péruviens, camerounais, italiens, mexicains et bien d’autres pays. Spartan Race a fait les choses en grand, un immense podium est installé, les jeux de lumière présents laissent présager un spectacle à la hauteur d’un championnat du monde.

On se croirait aux Jeux Olympiques !

A 18 heures le briefing débute sur la place par une présentation des athlètes phares de la compétition ainsi que des règles de courses sur ce championnat afin que chacun puisse prendre conscience des possibilités de disqualification en cas de non-respect de ces règles.

La mise en scène est magnifique entre l’écran géant où sont projetées les principales victoires des athlètes, des vidéos de présentation des obstacles, une animation sonore de grande qualité avec un DJ et une immense sono, les lumières font le show et tout le monde semble apprécier cette présentation. Je discute avec des français de leur provenance, de nos différentes courses, de nos meilleurs et pire souvenirs, du championnat, de la difficulté attendue, de l’excitation d’être là…

Une parade inoubliable

S’en suit une présentation des nations présentes et à la fin de chacune d’elle chaque athlète rejoint son groupe sous le porte-drapeau. La parade des nations débute, nous quittons la place centrale, empruntons la grande avenue de Sparte afin de rejoindre l’immense et majestueuse statue du roi Léonidas devant le stade de la ville.

Les quelques 700 mètres pour rejoindre la statue sont formidables, les nations se suivent empruntant un chemin protégé par des barrières derrière lesquelles des gens nous applaudissent et des enfants tendent les mains ; je profite de cet instant magique tapant dans les mains des enfants, répondant aux bonjours des spectateurs et entonnant avec les autres une Marseillaise de toute beauté.

Arrivés devant la statue nous montons sur le podium créé pour l’occasion où les lumières illuminent Léonidas et les spartiates déguisés pour l’occasion ; des fûts taillés avec le symbole Spartan où des flammes jaillissent terminent de donner le côté grandiose à la présentation. Le speaker nous fait exécuter 3 burpees après avoir annoncé la France, ce que nous exécutons devant les applaudissements de la foule. Je vis un rêve !

La ville de Sparte est de sortie et l’évènement du week-end semble être attendu. Toutes les devantures de magasins ou de restaurants affichent le symbole Spartan Race et des pancartes « Athlètes Welcome ». Nous dinons dans une brasserie au milieu d’autres compétiteurs, la ville est remplie de spartiates, l’ambiance est bon enfant, je suppose que dès demain matin au début de la compétition cela aura changé…

Samedi 3 Novembre 2018

La nuit fût comme les précédentes, hachée mais peu importe, j’attends ce moment depuis tellement longtemps… C’est le grand jour, enfin !

Je me lève à 6h30, trois heures avant la course pour avoir le temps de me préparer et surtout de déjeuner correctement sans être gêné par la digestion. Pas de pâtes ce matin à l’hôtel, quelques tranches de pain complet, du miel, un grand café, je me fais plaisir en rajoutant un peu de jambon et de gruyère ainsi qu’un peu de yaourt… grec évidemment.

Je ne me suis pas trompé, l’ambiance ce matin est beaucoup plus sérieuse qu’hier soir, des départs ont déjà été donnés et nous avons une petite heure devant nous pour nous échauffer de manière optimale puisque nous avons le stade à disposition. Des tours de piste, des accélérations et étirements sous un magnifique soleil face à la montagne qui domine la ville, un véritable échauffement de professionnel !

Notre départ est dans dix minutes, il est l’heure de concrétiser toutes ces semaines de préparation, ma raison d’être ici, il est l’heure de devenir un spartiate.

Acte 1 : La Super

J’arrive pour cette première course, la Super, à me positionner tout devant. Le sas de départ est rempli de compétiteurs prêts à en découdre sur les 16 kilomètres annoncés. Un speaker en tenue d’époque nous motive en anglais mais soyons francs, aucun de nous n’a besoin d’une quelconque motivation. Le compte à rebours est lancé et moi, numéro 981 pour les trois courses à venir trépigne d’impatience.

Pas de course immédiate, nous sommes derrière une banderole marquée Spartan Race et drapeaux grecs que tiennent deux volontaires et surtout derrière quatre gars habillés en spartiates qui marchent. Un départ en marchant derrière les spartiates boucliers et lances à la main, le spectacle est au rendez-vous. Nous marchons 300 à 400 mètres jusqu’à rejoindre les ruines de l’ancienne Sparte, nous l’avons compris en haut d’une petite montée il y a un chemin… C’est là que tout va commencer.

Les spartiates s’écartent, la banderole nous libère, c’est parti. Ça part fort, j’ai de très bonnes jambes et après un kilomètre dans le vieux Sparte nous avons droit à un passage dans la rivière Eurotas où l’on ne voit pas grand-chose et dont le fond est composé de pierres et de cailloux ronds et glissants.

Les épreuves traditionnelles s’enchaînent entre ramping sous barbelés dans la rivière, palissades à sauter, traction de poids, échelle de corde, équilibrisme et bien d’autres tout cela autour de l’Eurotas. Puis nous montons dans la montagne et là il ne s’agit plus pour moi d’une course, cela devient un moment privilégié d’une vie, le spectacle est hallucinant, je cours au milieu des oliviers et des citronniers en fruits, le sol poussiéreux est ocre, plus sec que dans le sud de la France et la vue est à couper le souffle.

Mais sur ces chemins de terre et champs, plus rocailleux les uns que les autres, il était préférable de regarder où poser les pieds : entre les pierres, les buissons épineux, les branches d’oliviers et leurs tuyaux d’arrosage (au sol comme à hauteur d’homme), la chute était facile.

Les obstacles défilent les uns après les autres, je porte des rondins de bois au milieu d’oliviers, retourne des pneus de tracteurs dans un vallon, lance mon javelot dans la rivière (heureusement, il se plante sinon 30 burpees la tête dans l’eau et le corps sur les pierres de la rivière ne me tentait pas trop) et j’enchaîne les kilomètres sans difficulté, Le Castellet est un lointain souvenir et je pense avoir fait le bon choix de ne pas aller au CrossFit dernièrement.

La montée dans la montagne n’était pas si éprouvante même si je vois des concurrents marcher ou à l’arrêt et après environ onze kilomètres nous redescendons sur Sparte à toute vitesse au milieu des chemins escarpés qui me rappellent ma Provence pour mon plus grand plaisir.

Des paysans cueillent des olives pour inonder le marché européen et malgré la pénibilité de leur tâche ils prennent le temps de nous applaudir, nous croisons des enfants qui jouent dans la rivière visiblement sans grands moyens également.

Je prends conscience de la chance d’être ici pour une compétition sportive et pour le plaisir mais suis tout de même un peu gêné face à la réalité économique de ce pays.

Les cinq derniers kilomètres de cette première épreuve se passent sans encombre, je termine fort en accélérant malgré mon envie de gérer la course pensant à celle d’après et surtout celle du lendemain, j’arrive au memory code où, internationalité oblige, il ne s’agit pas d’une suite de chiffres et de lettres mais d’une suite de 6 symboles grecs anciens à reproduire. Je m’en souviens parfaitement et peux filer vers le grand final à toute allure pour ce qui va être une sensation incroyable de ce week-end.

Je cours pour rejoindre Sparte avec des enfants qui nous tapent dans les mains ou courent un temps à nos côtés, un virage vers la droite et nous rentrons pour les 500 derniers mètres avant la ligne d’arrivée.

C’est la grande avenue de Sparte qui sera le théâtre de ce final. Musique forte dans la ville j’emprunte la voie qui est encadrée par des barrières de sécurité, les spectateurs applaudissent et tendent les mains. Je me déporte vers la gauche pour taper dans ces mains tendues, j’en ai des frissons. Je vais terminer ma première Spartan Race sous les applaudissements d’une ville, ce moment est magique, je veux le réussir.

Après avoir franchi un plan incliné et arrosé de 3 mètres, j’arrive à l’obstacle phare de toute Spartan Race, le Spartan Rig. Une structure sur laquelle on doit se balancer tout d’abord en passant trois barres horizontales, puis une d’un mètre en longueur, 3 mini cordes et enfin 3 poignées suspendues avant de faire sonner une cloche, le tout sans tomber évidemment, force et agilité sont requis. Je le passe sans souci, poursuis avec un parcours d’équilibre sur des rondins et emprunte la dernière ligne droite demandant l’escalade d’une structure de six mètres, j’en descends et saute par-dessus le feu pour clôturer cette première étape.

Je viens de terminer la première épreuve de championnat du monde avec une Spartan Super de 18 kilomètres en 2h28. Satisfait, je peux retourner au stade situé à 100 mètres pour récupérer un peu avant le départ de la Sprint !

Tous les coureurs qui se préparent pour cette seconde épreuve de la journée sont là. Des massages sont pratiqués par des professionnels qui mettent leurs compétences à disposition, je ne peux malheureusement par en profiter, trop de monde. Je mange quelques tranches de pain complet, des barres protéinées et en profite pour masser mes jambes à l’Arnica et les étirer rapidement, il est déjà l’heure de se rendre sur la ligne de départ.

Acte 2 : la Sprint

Cette deuxième course de la journée dans le format le plus court Spartan Race ne me paraît pas être une épreuve insurmontable. Huit kilomètres ne me font pas peur, j’ai déjà couru deux courses dans la journée et je connais maintenant le terrain de Sparte.

Il est 14h15 le départ est donné, je marche derrière les spartiates pour rejoindre les ruines de l’ancienne Sparte, ils s’écartent et me voilà parti pour cette Sprint. Durant les 8 kilomètres, nous n’allons pas trop nous éloigner de Sparte, les obstacles sont les mêmes que ceux du matin.

L’Eurotas de nouveau se présente avec ses pierres et son courant rafraichissant, les oliviers et les citronniers offrent en ce début d’après-midi ensoleillé et chaud un terrain de jeu agréable et propice à une allure soutenue et aux différents portés, retournements et rampings. Je suis étonné de ne pas avoir encore rencontré un obstacle phare de la série, le Sandbag (porté de sac de sable) contrairement à un porté de sceau rempli de graviers qui lui était bien présent et très éprouvant de par son poids et la distance !

Mes jambes ne sont pas ankylosées par les efforts du matin, du coup, cette Sprint ne me semble vraiment pas difficile.

Les derniers kilomètres arrivent, je porte une boule d’atlas (boule de ciment d’une quarantaine de kilos) d’un point à un autre, effectue une série de 5 burpees puis la rapporte à son point de départ et m’élance à toute vitesse au milieu d’un champ d’orangers en fruit, courbant la tête tant ils sont compacts et bas. Le virage précédant l’entrée dans la ville se présente pour la seconde fois de la journée et de nouveau ce sont les applaudissements et les mains tendues que je ne peux m’empêcher d’aller frapper pour les dernières foulées.

J’arrive au Spartan Rig et… tombe sur le dos à la dernière poignée ! 30 burpees plus tard je franchis le dernier obstacle puis saute le feu pour valider cette deuxième épreuve de 8 kilomètres 200 en une heure quatorze et pars récupérer mes affaires à la consigne avec la seconde médaille autour du coup non sans avoir profité auparavant de la tapenade d’olives noires offerte à l’arrivée… Grèce oblige !

De samedi à dimanche : Entreacte

Une douche froide au jet d’eau sur place puis une plus délassante à l’hôtel et je redescends sur la grande place débriefer avec mon équipier de ces deux courses. Nous venons de courir 26 kilomètres pour environ 700 mètres de dénivelé et demain m’attends le grand défi, la Beast et ses 28 kilomètres.

Je suis impatient et motivé à l’idée de relever ce challenge pour lequel je me prépare depuis tant de semaines, après ces efforts mes jambes sont tout de même assez lourdes mais peu importe, demain matin je serai présent sur la ligne de départ à 10h15 pour le point culminant de toute cette préparation.

Avant de remonter à l’hôtel, j’en profite pour faire quelques achats en ville dans des échoppes où la gentillesse des grecs fût agréable. Un vendeur prend le temps de m’expliquer les symboles et armoiries de la ville, et notamment le fameux « Melon Labe » qui signifie « Viens les chercher », cri de Léonidas roi de Sparte face à Xerxès roi de Perse lui ordonnant de déposer les armes ainsi que ce que les mères disaient à leurs fils en leur remettant leur bouclier avant de partir à la guerre pour défendre Sparte, « reviens victorieux avec ton bouclier ou mort sur lui ».

Demain, je n’irais pas à la guerre défendre Sparte, mais si la montagne me conseille d’abandonner et de rendre mes jambes n’avançant plus, ma tête lui dira de venir les chercher car je suis prêt à revenir chez moi non pas avec ou sur mon bouclier mais avec le plaisir et la fierté d’avoir réussi ce que j’ai entrepris et ce pourquoi je suis là. Aroo !

Dimanche 4 Novembre 2018

Après une nuit correcte de sommeil, une question est toujours d’actualité depuis la veille pour cette course tant redoutée : Dois-je prendre mon camelback ou pas ?

D’un côté l’avoir est une sécurité, posséder au moins un litre d’eau et des barres énergétiques sur soi lorsque l’on s’apprête à courir environ cinq heures sous 26 degrés semble être une sage décision en cas de fringales et les électrolytes ajoutées à l’eau retarderont la douleur musculaire et les crampes tout en évitant la déshydratation. D’un autre côté ne pas le prendre me permettrait d’être plus mobile, plus léger, j’ai testé le camelback sur toutes les Beasts que j’ai couru et cela me ralenti, de plus si je le prends je devrais courir avec un t-shirt pour éviter les brûlures de frottement. Mais quand même… 28 kilomètres !

Je ne suis toujours pas décidé lors du léger petit déjeuner du matin, ni même lorsque j’enfile mon short favori que j’ai pris soin de garder et que je mets dans mon sac mes chaussures de course que mes enfants ont pris soin de décorer avec un petit symbole chacun au marqueur indélébile. Je ne suis toujours pas décidé lorsque de retour dans la chambre je prends mon bandeau 981 avec le sigle Spartan vert que j’accroche à mon poignet pour ne pas arriver au stade en l’ayant oublié, ni même lorsque j’attache deux heures avant le départ ma puce de chronométrage ou que j’enfile mes manchons de compression aux mollets ni lorsque je ferme mon sac pour me rendre au stade.

Le départ est à 10h15, je quitte l’hôtel à 9h00 sans camelback. Je ferai cette course et terminerai ce championnat du monde comme je l’ai commencé, avec un mental fort et en pleine possession de mes moyens. Je prendrai le temps de boire au checkpoints prévus et arrête de me poser des questions, ma décision est prise, je suis un spartiate !

L’ambiance dans le stade ce matin est différente de la veille, nous sommes beaucoup moins nombreux à prendre part à cette épreuve et les athlètes présents sont comme nous, très concentrés. Je masse mes jambes et mon épaule au baume du tigre, m’étire du mieux que je peux et rejoins le sas de départ.

Nous sommes derrière tout le monde mais je me faufile et me positionne devant la banderole avant le dernier départ de ce championnat.

Je regarde autour de moi, scrute les concurrents, tout le monde est concentré, visages fermés et regards déterminés, les heures à venir vont être éprouvantes pour le corps et l’esprit.

Notre spartiate au micro sur son estrade donne les dernières consignes en anglais, interpelle quelques athlètes pour détendre l’atmosphère et nous promet l’enfer. Nous sommes dans l’avant dernière vague « open », les élites sont partis depuis 7h45, les compétiteurs « âge group » reconnaissables grâce à leur bracelet éponge vert sont tous sur le terrain, il fait bon mais pas encore trop chaud lorsque nous marchons de nouveau et pour la dernière fois vers les ruines de l’ancienne Sparte.

Dernière montée dans un silence impressionnant, les deux volontaires s’écartent avec la banderole, ça y est le grand final commence !

Impressionné par le départ en trombe de tout le monde, je manipule mal ma montre qui ne se déclenche pas correctement et suis obligé de m’y reprendre à plusieurs fois pour capter le signal GPS et enregistrer l’activité. Cela a pour conséquence de me repositionner en dernière position de la vague !

Nous empruntons le même chemin que les deux courses de la veille, en débutant par une partie dans le village puis descendons dans la rivière. Le début est difficile, mes jambes sont lourdes et courbaturées, il va me falloir quelques kilomètres pour les faire chauffer et donner la possibilité à mes muscles de s’exprimer. Mon rythme n’est pas très rapide en ce début mais cela est normal lorsque l’on part pour autant de distance.

Passages de course dans l’eau, palissades dessus/dessous à franchir et rampings sous barbelés dans la rivière, je traîne un poids d’une vingtaine de kilos sur des pierres qui bloquent sa progression puis escalade des fosses de terre à la suite d’un numéro d’équilibriste sur une poutre avant de me sentir plus détendu au niveau des jambes.

Les cinq premiers kilomètres permettent de me libérer physiquement et mentalement pendant que j’emprunte le même chemin que pour la Super. Nous quittons le bas de Sparte, montons dans les vallons, je passe un mur vertical en m’accrochant dessus grâce à des prises d’escalade sans mettre les pieds à terre puis porte un rondin de bois sur un circuit au milieu des arbres légendaires méditerranéens. Et puis j’emprunte un chemin que je n’avais pas encore rencontré.

Et là, la course a pris un tout autre visage.

La vingtaine de kilomètres qui suivra se composera de l’ascension du mont Taygète. Une montée épique sous un soleil et une vue à couper le souffle. Pendant l’époque florissante de l’indépendance grecque, Sparte ne fut jamais ceinte de murailles, la bravoure de ses citoyens et la difficulté des abords étant supposées rendre de telles défenses inutiles… Je ne connais pas autrement que par les livres la bravoure des citoyens spartiates de l’époque mais les pentes pour atteindre la ville maintenant je les connais et je comprends mieux pourquoi elle n’avait pas besoin de murailles ! Les chemins escarpés s’offrant à moi sont étroits, secs et après une série d’obstacles, je monte sans m’arrêter en enchaînant course et marche rapide.

Je ne pensais pas pouvoir avancer si bien avec les courses de la veille mais finalement j’ai la très bonne surprise de pouvoir progresser relativement bien, si bien que dans cette ascension j’ai rattrapé quasiment tout le groupe de notre départ et je double déjà quelques personnes avec des bracelets éponges, « les age-groups ». 

Il doit être midi lorsque j’emprunte un chemin de plus en plus escarpé en serpentin, chaque virage à 180 degrés correspond à un nouveau lacet qui ne fait que monter.

Il n’y a pas d’obstacles, aucun, je monte sous le soleil et dans la poussière, le mental a pris place au milieu des oliviers sauvages et des cyclamens des montagnes. Il n’y a absolument rien, la roche des falaises est rouge, j’ai l’impression d’être perdu dans le Colorado et plus je monte plus je me dis que nous sommes bientôt en haut du mont et qu’ensuite nous pourrons redescendre.

Lors d’une phase de marche rapide, je parle un mélange d’anglais et d’espagnol approximatif avec Adrian, un barcelonais qui est venu également faire cette course puis avec un américain lorsque je tourne la tête vers la gauche et là, stupeur, un autre mont encore plus haut apparaît et je vois au loin une colonne de coureurs progressant difficilement sur ses versants.

Je dois dire qu’en m’apercevant que je n’avais pas encore fait le plus dur le moral en a pris un coup !

L’ascension se poursuit et au détour d’un coude, enfin un obstacle apparait, je porte un parpaing de marbre sur un circuit en prenant le temps d’admirer la vue qui s’offre à moi.

En haut de la falaise, j’apprécie les montagnes, les vallons, les maisons au loin à flanc de collines, les oliviers cultivés en terrasse, les buissons épineux sur la roche coupante. On pourrait croire que dans chaque direction tout se ressemble mais non, la diversité de l’amplitude altitudinale et des substrats rend chaque parcelle différente de par les essences présentes. Quant aux odeurs…  Quel spectacle !

Je prends le temps de m’hydrater et d’avaler un morceau de banane offert suite à cet obstacle et continue la progression vers les hauteurs au pas de course.

Mes jambes continuent de me porter même si je sens de plus en plus la fatigue s’en emparer. J’ai beaucoup de mal à passer un plan incliné inversé à la force des bras qui, eux aussi, commencent à s’alourdir… Je savais bien que cela arriverait durant cette course, je m’y suis préparé mentalement depuis des mois et là j’y suis, c’est le moment où le corps faiblit, où la différence se fait entre ceux que je double marchants arrêtés ou même assis, coureurs aux visages éreintés pour qui la suite de l’épreuve va être très compliquée mentalement et ceux qui continuent de courir dont je fais partie.

Après un passage non balisé dans des buissons épineux, un mur naturel se présente devant moi que je dois passer à l’aide d’une échelle de corde, puis un autre sans aucune assistance, l’escalade se fera à mains nues.

Derrière, je suis en haut, tout en haut, j’y suis ça y est, je passe par-dessus une palissade de trois mètres et me dirige vers l’obstacle spartiate par excellence : le Spear Throw, lancer de javelot. Il se fera cette fois ci à la spartiate, avec un bouclier en plus ; il est lourd mais je plante ma lance sur la cible 15 mètres plus loin.

J’ai le sourire et la joie d’un enfant qui, malgré la totalité des muscles tendus et congestionnés par l’ascension, s’amuse dans une aire de jeu gigantesque et grandiose !

La descente est plus douce, entrecoupée de virages ascendants dans ce canyon péloponnésien que j’appréhende à grande vitesse. L’euphorie de la course rend mes sensations de fatigue obsolètes, je fonce vers un porté de chaînes de navire au milieu des buissons épineux et malgré le poids conséquent, la douleur que j’avais pu ressentir un mois auparavant au Castellet sur cette épreuve n’existe pas.

Poursuivant la course, je croise des bergeries perdues ou abandonnées, des couples de fermiers taillant et ramassant des olives noires ou des troupeaux de chèvres broutant paisiblement le peu d’herbe à disposition. La vie dans ses hauteurs me semble être au ralenti, une vie simple, rudimentaire et besogneuse, loin des considérations de la société de consommation de mon Ile de France quotidienne, tous prennent le temps de me faire un signe de la main et un sourire que je leur rends avec un respect sincère.

Il fait de plus en plus chaud, j’ai un peu soif mais je ne regrette absolument pas mon choix de vivre ce moment sans camelback, au plus près de la nature en me contentant de m’hydrater lors des ravitaillements. J’emprunte une crête sans signalétique dont le chemin ne doit pas dépasser 30 centimètres de large et file à toute allure sur ce sentier, dépassant sans ménagement en sautant dans les buissons qui me griffent les jambes d’autres coureurs « âge group ».

J’ai bien compris qu’il n’y a plus qu’eux devant moi, je suis en train de réaliser un excellent temps lorsque j’arrive à un porté de sceau rempli de gravier. La difficulté de cette épreuve, qui me laboure les bras et les reins sur près de 500 mètres, m’épuise et la relance se fait plus difficilement malgré l’envie de rattraper encore davantage de participants, qui ressemblent de plus en plus à une colonne de vagabonds perdus et marchant vers la ligne d’arrivée.

Je pense sincèrement que sans tous les efforts de préparation fournis et sans Seb, mon partenaire dans cette formidable expérience, j’aurais rejoint cette cohorte en multipliant les phases de marche. Mais il n’en est rien. Je suis prêt pour le jour J et avec mon ami nous nous entrainons chacun pour repousser nos limites en cette journée si particulière.

Un énième lacet au kilomètre 23, une descente à la hâte et j’arrive devant le seul porté de sac de sable du weekend, le sandbag. Je n’arrive pas à sortir le sac du container dans lequel ils sont empilés.

Je n’y arrive pas, il est trop lourd pour moi à ce moment, le volontaire affecté à cet obstacle m’aide à le sortir et je le charge sur mes épaules. Je pense que de tous les obstacles de ce weekend celui-ci restera comme plus difficile que j’ai eu à passer.

Ce satané sac semble peser une tonne et mes jambes tremblent au bout de 5 mètres.

Je n’ai absolument aucune force dans les jambes pour faire le circuit prévu, en montée sur un raidillon, il me fait mal, me coupe la respiration mais je me dis que si je le laisse tomber pour reprendre mon souffle je ne sais pas si je pourrai le remettre en place. Ce porté est interminable, je ne sais absolument pas où je suis à part au milieu d’oliviers et de roches.

Je coupe littéralement mon esprit et tel un robot je me répète sans cesse « avance », « avance », « avance », ce que je fais en courbant l’échine pour offrir une plus grande surface d’épaules et de dos pour le reposer. Tête baissée, je me cogne plusieurs fois le crâne dans des branches d’arbres, je ne prends même pas la peine de pester ou de dire quoi que ce soit, je ne suis qu’un robot qui avance lentement sans s’arrêter, un robot programmé qui ne connaît qu’un seul mot : « Avance ».

J’ai porté ce sac environ 700 mètres et lorsque je rejoins son point de départ je n’arrive pas à le retirer de mon dos pour le remettre dans le container, le même volontaire m’aide à enlever ce poids mort qui semble faire partie de moi pour me libérer enfin de ce qui restera comme la plus grosse difficulté de ce championnat.

Près de 60 kilomètres ont été courus mais, ces 700 mètres, je m’en souviendrai longtemps, comme d’autres puisqu’après la course nombre de coureurs parleront du sandbag comme l’obstacle le plus terrible du weekend. Je demande un peu d’eau à un volontaire qu’il me refuse, il n’en a pas le droit mais m’indique qu’un kilomètre plus loin, je pourrais reprendre des forces.

J’avale immédiatement une barre énergétique que j’avais gardée dans une poche fermée de mon short car une fringale se fait sentir, je ne me sens vraiment pas bien à ce moment précis, entre le porté de sceau et celui-ci peu après, Spartan nous a gâté et je suis vraiment éprouvé.

Je prends le ravitaillement avant même l’obstacle prévu qui consiste à tirer une sorte de brouette très large sans châssis ni roue… avec un sandbag dedans… heureusement sur une courte distance cette fois ci ! J’en suis au kilomètre 24, je vais terminer cette course : c’est certain, plus rien ne peut m’arrêter, après l’ascension et le sandbag je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

Le ravitaillement m’a fait du bien. Je sens un regain d’énergie et prends les devants de notre duo pour cette fin de course lors d’une longue partie roulante sans obstacle, j’accélère de plus en plus, je sens en moi une nouvelle vigueur que je ne soupçonnais pas.

Le corps humain est une formidable machine, avant ce weekend je n’aurais jamais cru être capable de ressentir autant de bien être et de facilité après tant de kilomètres entrecoupés d’épreuves qui me vident totalement. Ce corps capable de me rendre ce qu’il a gardé en réserve pour ce que psychologiquement, je me suis préparé à affronter.

J’approche de la ville car je reconnais certains passages, ma montre me fait penser qu’il ne reste plus qu’un ou deux kilomètres normalement mais comme lors des deux premières épreuves, il a fallu en rajouter, je ne me focalise pas dessus, je poursuis seulement mon avancée, je dépasse un concurrent qui me demande à quelle heure je suis parti, lui annonce 10h15 et lui demande son heure de départ… 9h15. Il me félicite, je le remercie et relance de plus belle, le mental gonflé par cette annonce !

La rivière fait de nouveau son apparition pour mon grand bonheur, son eau rafraichissante est une bénédiction. Faisant toujours attention à son lit composé de pierres glissantes, j’en sors et me dirige vers une pancarte où est écrit en anglais qu’un vrai spartiate sait dompter sa peur…

Je descends une échelle fabriquée de tube d’aluminium et pénètre dans un tunnel où l’on ne voit pas à plus d’un mètre. Je progresse en touchant le mur. Au bout de quelques centaines de mètres, le jour fait son apparition pour quelques secondes avant de replonger ce tunnel au sol incertain, mélange de terre molle et de cailloux dans le noir.

Cette situation m’amuse et l’exaltation de cette fin de parcours me prend, je sprinte en donnant de la voix dans cette galerie souterraine où l’on ne voit rien, chantant à tue-tête et écartant les bras tel un oiseau, un vrai enfant !

Je sors de ce tunnel et m’engage sur la dernière partie que j’ai empruntée deux fois la journée précédente, ça y est nous y sommes, plus de fatigue, plus de maux, uniquement du plaisir et de la joie. J’aide un concurrent à se relever après une chute spectaculaire devant mes yeux, ses jambes ne le portent plus mais il terminera tout de même son épreuve, je rampe sous un nouveau barbelé, grimpe à la corde à 6 mètres pour faire sonner la cloche avant de soulever un pneu bétonné à l’aide d’une corde.

Dernières foulées dans la nature au milieu des oliviers, des orangers et des citronniers, des spectateurs sont là et applaudissent notre retour. Le test du Memory code se présente de nouveau, je donne sans accroc la suite de symboles qui m’était attribuée et file vers la ville.

Le virage vers la droite, la musique, les gens derrière les barrières, les mains tendues… l’émotion est énorme après cette course épique, je vais claquer ces mains avec fermeté en me dirigeant vers les derniers obstacles.

Je passe le plan incliné glissant, vais retaper dans quelques mains, arrive devant le Spartan Rig. Je prends une grande inspiration et malgré le fait que je n’ai plus beaucoup de force je le passe sans réfléchir ni ralentir et fais sonner la cloche.

Je file vers l’énorme structure à escalader, en redescends, devant moi, il n’y a plus que le feu et la ligne d’arrivée.

Je vais de moi-même vers la gauche pour prendre une dernière fois cette dose d’adrénaline et de bonheur, les spectateurs présents tendent également leurs mains répondant à ma demande, ce dernier 100 mètres restera le plus beau de tout ceux que j’ai couru.

Le feu s’approche de plus en plus, je réunis les forces encore disponibles en moi pour prendre mon élan et sauter le plus haut possible par-dessus, retombe de l’autre côté et pousse un cri long et profond qui libère totalement ma joie d’avoir réussi ce défi.

Mon équipier, Seb, me tombe dans les bras, l’émotion est énorme pour moi, trop forte, j’en ai les larmes aux yeux lorsque l’on nous remet la médaille verte de finisher de cette Beast mais je m’en fiche, je les laisse couler, j’ai tout donné !

Cinq heures treize ont été nécessaires pour parcourir les 31 kilomètres de cette course fabuleuse, je suis conduit vers le podium où l’on me remet une médaille dorée spéciale et un trophée de ce championnat du monde avant que l’on m’installe une couronne d’olivier sur la tête pour la photo officielle avec un spartiate.

Je suis un peu hagard et assez éprouvé en me rendant vers les consignes récupérer mes affaires. Tout se mélange en moi mais le sentiment prédominant reste le bonheur tandis que je me rince au jet d’eau après avoir envoyé un message rassurant aux miens.

Je remonte à l’hôtel poser mes affaires, prendre une vraie douche et retourne en ville, décidé à profiter de cette dernière soirée à Sparte entourés des autres concurrents. Je revois certains athlètes croisés durant le weekend sur les pistes dont Maggie, 50 ans, venue seule de Suède se défier et qui a réussi le défi des trois courses proposées, un autre dont je ne connais pas le nom et qui n’a qu’une jambe, ou encore un athlète avec qui nous avions discuté vendredi soir et qui lui n’a pu finir le championnat à cause d’une fracture de sa cheville le samedi.

J’ai complété ma deuxième Trifecta cette année, je récupère donc une médaille spéciale Trifecta X2 2018 que j’arbore fièrement au milieu des athlètes internationaux déambulant médaille dorée au cou dans une démarche quelque peu hésitante, fatigués des efforts fournis mais avec le sourire et le respect que chacun se donne.

J’assiste à la remise des prix et des récompenses des Elites mondiales de ce championnat du monde en terrasse en échangeant nos ressentis avec Seb, notre fierté d’avoir réussi ce pari malgré notre statut de quarantenaires amateurs. Je laisse évacuer le reste de pression autour d’un dîner riche et franchement bienvenue pour changer des barres protéinées et autres gels énergisants avant de retourner à l’hôtel pour préparer le retour en France le lendemain matin.

C’est fini.

Conclusion

Participer à ce championnat du monde restera pour moi comme le plus beau souvenir sportif que je n’ai jamais réalisé. Toutes ces semaines, ces mois de préparation pour être prêt le jour J ont été tantôt difficiles, tantôt révélateurs. Ils n’ont pas fait de moi un homme différent, ni un athlète exceptionnel non, mais ils ont fait de moi un homme ordinaire capable de repousser ses limites, de se fixer un objectif et de se donner les moyens d’y arriver. Si la vie d’un homme est une succession de rencontres et d’évènements forgeant son identité, ce weekend à Sparte fait partie intégrante de l’homme que je suis. Ces trois courses au-delà de leur difficulté rapidement oubliée m’ont fait rencontrer des gens de tous pays unis autour des valeurs du sport, de volonté et de dépassement de soi.

J’ai vécu 3 jours en Grèce, c’est peu pour qualifier des personnes mais chaque rencontre grecque, aussi brève soit elle me laisse le même ressenti, la gentillesse. Que ce soit à l’hôtel, aux échoppes, à la pharmacie, au restaurant, dans les stations-services, à l‘aéroport, sur les chemins des courses ou sur la ligne d’arrivée tous les grecs rencontrés m’ont donné respect, sourire, explications, patience et compréhension. J’espère leur avoir rendu la même chose lors de nos échanges.

J’ai préparé ce championnat du monde durant 8 mois et la plus grosse difficulté ce n’est pas de se lever le matin pour aller courir avant d’aller au travail ou sous la pluie et dans le froid, ce n’est pas de sauter sur des boxs pour développer des capacités de détente ni soulever des barres d’haltérophilie, ce n’est pas courir des épreuves tout en sachant qu’elles ne sont qu’une étape vers le véritable objectif, ni de faire attention à ce que l’on mange pour ne pas prendre trop de poids. Ce n’est pas y penser chaque jour pendant des semaines en se demandant si l’on va y arriver ou si notre famille sera fière de nous, ce n’est pas se retrouver devant une machine à café au travail 36 heures après avoir terminé la course la plus épique que je n’ai jamais réalisée, ce n’est pas enchaîner presque 60 kilomètres ni porter des sandbags, retourner des pneus de tracteurs, escalader et nager, courir alors que personne ne vous y oblige, non le plus dur c’est de se dire que c’est terminé.

Il y a des courses où le chrono est superflu, où l’intensité est telle que malgré la difficulté tu pourrais reprendre le départ le lendemain, il y a des courses qui doivent se vivre au moins une fois dans une vie de runner, il y a des courses que tu n’oublieras jamais.

 Il m’a fallu quelques jours pour reprendre ma vie « normale », j’ai eu du mal à descendre de mon nuage, j’ai vécu là-bas un voyage personnel intense, accompagné de mon ami Seb avec qui et avec qui seul, nous pourrons nous remémorer exactement les instants et anecdotes de ce championnat. J’ai vu dans les yeux des miens la joie de mon retour, les dessins, bonbons, bisous et câlins m’attendaient dès que j’ai franchi le seuil de la porte de la maison. Quelques larmes ont coulé de nouveau à la maison, dans les bras ma femme, il devait rester encore un peu de tension à évacuer finalement…

Oui, c’est terminé, terminé pour cette épreuve mais je reste un compétiteur, j’ai déjà envie de retourner à Sparte l’année prochaine, de m’inscrire à de nouvelles courses, de revivre ces émotions intenses, ce partage de valeurs. Je vais trouver un autre défi à relever, je suis un coureur à obstacle et Sparte ne m’a pas pris ! Aroo !

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