Aparté : Face à la SaintéLyon

Il est minuit vingt, le speaker égraine les dernières secondes avant le départ de notre vague : la cinquième et dernière. Après une demi-heure d’attente dans le froid, notre départ est enfin annoncé. Les premiers s’élancent, quelques secondes plus tard notre première SaintéLyon démarre et 72 kilomètres de trail s’ouvrent devant nous.

Les premiers kilomètres s’enchaînent sur le bitume stéphanois. Tout est facile avec l’adrénaline et l’excitation du départ. Arnaud, mon coéquipier de trail, et moi, nous sommes lancés dans le défi de terminer la SaintéLyon après avoir vécu en moment magique en bouclant l’épreuve en relais à deux l’année dernière. Audrey et Julien des C’est bien d’être bien nous ont rejoint dans cette aventure. À quatre, les rires s’enchaînent aussi vite que les kilomètres qui nous séparent des premiers chemins et des premières montées de Sorbiers.

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Si nous sommes partis dans la dernière vague, c’est en grande partie de ma faute : après un changement de piles, je fus incapable de retrouver ma lampe frontale principale. Ce qui est légèrement gênant pour une course de nuit. Malgré une recherche assidue et des moyens mis en œuvre impressionnants, sa disparition fut actée et je me résous donc à courir avec un éclairage de secours bien moins puissant. C’est ainsi que je me réfugie dans les jambes de mes équipiers dès que l’éclairage public s’éloigne et que les chemins remplacent le bitume.

La première difficulté est avalée en toute facilité. Après avoir traversé le brouillard, nous nous retrouvons la tête dans les étoiles peu après le dixième kilomètre. Les conditions semblent idéales… Mais le sol se dérobe et je chute. Je n’avais pas vraiment vu le verglas arriver. La cuisse et le coude droits tombent en premier. Le reste suit et la douleur avec. Arnaud me relève. Je marche quelques dizaines de mètres pour faire un rapide check-up. Il reste plus de soixante kilomètres, je ne veux pas prendre de risque inutile. A priori mon bras ne m’handicapera pas vraiment. La cuisse est douloureuse mais semble tenir. Alors que Saint-Christo-en-Jarez et le premier ravitaillement se profile, je relance ma course et rejoins mes trois équipiers.

Le premier ravitaillement fait déjà du bien. Le thé chaud très sucré réchauffe et le large choix de nourriture salée et sucrée me permet de bien m’alimenter. L’arrêt est court mais salvateur. Il n’en est pas de même pour Arnaud. À peine un kilomètre après la pause, son système digestif se rebelle. La bataille sera rude et longue alors que nous marchons sur le plateau qui nous mène à Sainte-Catherine et son vingt-huitième kilomètre. Autour de nous, le vent se lève. Les paysages et chemins, éclairés par des centaines de frontales, se blanchissent de givre. L’ensemble est superbe mais sans courir, le froid se fait sentir.

Une fois à Sainte-Catherine, je laisse filer Audrey et Julien pendant qu’Arnaud récupère. Depuis près de deux heures, le doute s’est installé en lui et je le vois observer les bus des abandons. Il décide de continuer et nous repartons ensemble en direction de Saint-Genou. Sur une course comme la SaintéLyon, Arnaud m’a appris à ne pas réfléchir en distance restante mais en distance avant le prochain ravitaillement. C’est tout de suite plus simple de se dire qu’il ne reste qu’onze kilomètre à faire.

L’instant est magique. Terrible de difficulté mais clairement poétique.

Plus les kilomètres passent, plus Arnaud semble retrouver de l’énergie. Le tracé entre Sainte-Catherine et Saint-Genou est magnifique et piégeux, oscillant entre les portions glacées et les parties boueuses. Face à nous se dresse enfin la plus grosse difficulté de la SaintéLyon : la montée vers Saint-André-la-Côte par le Rampeau et sa pente de vingt pour cent sur près d’un kilomètre. Le chemin se faufile entre les arbres illuminés par nos frontales et les bandes réfléchissantes agrafées aux troncs. L’effort se fait sentir au chant d’une chouette qui nous accompagne. L’instant est magique. Terrible de difficulté mais clairement poétique.

Le ravitaillement de Saint-Genou passé, le soleil se lève. Après avoir battu mon record de temps en course, je bats mon record de distance en dépassant le marathon. Les routes et les chemins s’enchaînent. Le pas de course est bon, nous dépassons de nombreux concurrents et les sensations sont toujours fantastiques malgré un terrain toujours partiellement glacé. Mais, peu avant l’avant-dernier ravitaillement, je glisse une nouvelle fois sur le givre et chute. Pas de bobos mais les muscles se raidissent, je me contracte. Après l’incident d’Arnaud, j’ai ralenti ma consommation aux ravitaillements. Ce fut une grossière erreur et je le paye cash. La fringale et la douleur prennent le dessus. Soucieu-en-Jarest et son ravitaillement nous sont annoncés mais n’arrivent pas. Les derniers mètres semblent interminables. Il est près de dix heures. Cela fait neuf heures trente que je suis en course et je ne suis plus du tout sûr de terminer la course.

Si on s’arrête cinq minutes de plus, j’abandonne.

Arnaud m’attend, m’encourage, me motive. Arrivé à la pause, je m’alimente, beaucoup, je constate que je n’ai pas du tout respecté mon plan de nutrition. J’essaye de corriger le tir. Après deux verres de thé, je regarde Arnaud et lui dis « Si on s’arrête cinq minutes de plus, j’abandonne ». Je n’en peux plus. Le moral est au plus bas. J’ai déjà fait cinquante kilomètres et le dernier semi me semble insurmontable. En revanche, moins de dix kilomètres nous séparent de Chaponost et de son dernier ravitaillement. Cela me semble déjà plus accessible. Et je reprends.

Les pas s’enchainant l’énergie revient peu à peu sur les routes devenues faciles. Il faut beau, le soleil nous réchauffe et le verglas et le givre sont de l’histoire ancienne. La moyenne n’est pas extraordinaire mais nous enchaînons marche rapide et course lente. J’avais énormément privilégié l’apprentissage de la course à vitesse réduite dans ma préparation et ce fut un bon choix. Cette technique m’a vraiment aidé sur toute la distance et quand le terrain devenait plus complexe.

Chaponost est là. Le ravitaillement passé, il ne reste plus qu’onze kilomètres. Nous en avons déjà parcouru plus de soixante, grimpé plus de mille cinq cents mètres de dénivelé positif. Après la fringale, ce sont les pieds qui deviennent douloureux et la cuisse droite se réveille, celle de ma première chute. Chaque kilomètre passe lentement. Arnaud m’attend, m’encourage. Dans la lueur matinale, j’ai mal. Mais j’avance. Un pas après l’autre. Chaque tentative de relance de course est avortée alors je marche. J’entends mon téléphone sonner, je vois les messages d’encouragement des copains, des voisins, de ma famille, de coureurs à obstacles et cela me booste.

La dernière difficulté majeure est face à nous : l’Aqueduc Romain et ses dix-huit pour cent. Je pose mes mains sur les cuisses en monte. Doucement mais sûrement. L’abandon n’étant plus une option à cinq kilomètres de l’arrivée, ma seule contrainte d’arrivée est celle de la barrière de temps mais, là encore, j’ai près d’une heure de marge.

La vraie difficulté n’est pas dans la montée mais dans la descente

La vraie difficulté n’est pas dans la montée mais dans la descente sur chemin et celle qui passe par le parcours aventure, si elle n’est pas difficile, me semble interminable. Quatre cents mètres. Ce n’est rien et pourtant, elle m’a paru terrible. Pour me donner encore du courage, Arnaud me fait écouter sa chanson fétiche. Cette SaintéLyon aura vraiment été une course d’équipe où nous avons su, chacun à notre tour, être là pour l’autre.

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Me voilà sur le dernier pont, ma femme et mes enfants m’attendent. Et à partir de là, il ne reste plus que du bonheur. Ma fille veut courir avec moi mais elle va bien trop vite pour moi. Cela m’amuse. Avec Arnaud, nous bouclons la course main dans la main. Les mains sur les genoux, je réalise ce qu’il vient de se passer. Nous avons terminé la SaintéLyon. J’ai terminé la SaintéLyon : 72 kilomètres et 1817 mètres de dénivelé positif en 14 heures 19 minutes. Je suis 5095ème mais fidèle à mon moto : jamais dans les premiers, toujours à l’arrivée.

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Quelques notes techniques

  • J’ai commencé le test sur cette SaintéLyon de la veste Blizzard et du pantalon Wintertight de chez Cimalp, des Boosters Élite de chez BV Sport et du haut Thermo de chez Brubeck. Je ne sais pas encore ce qu’ils donneront en course à obstacles mais ce sont des produits fantastiques en trail long ;
  • Il en est de même pour les chaussures Inov-8 X-Claw 275 dont le seul défaut aura été de ne pas adhérer sur glace [Quoi ? Ce ne sont pas des chaussures à picots ?] ;
  • Bien que déjà testés, le coupe-vent Edge de chez Craft est toujours aussi excellent ;
  • Les collants de compression (Skins A400) en post-course et les produits de récupération, c’est formidable !
  • J’ai loué une balise Capturs pour être suivi par mes proches pendant la course et ce fut une expérience très réussie. Cela peut devenir un indispensable sur les trails longs et les épreuves d’aventure. 

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Remerciements

  • Merci à Arnaud. Vraiment. Merci ;
  • Merci à Audrey et Julien pour les kilomètres fait ensemble ;
  • Merci à ma femme, mes enfants et toute ma famille de m’avoir supporté dans ce défi ;
  • Merci à tous ceux qui m’ont encouragé et soutenu avant, pendant et après la course ;
  • Merci à Extra Sports pour l’invitation et aux marques qui me font confiance pour les tests produits.

Sèb Desbenoit

Rédacteur en chef d'Obstacle.fr, Sèb est un passionné de courses à obstacles. Des courses extrêmes à celles pour tous, vous ne le trouverez jamais dans les premiers mais toujours à l'arrivée.

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