Thomas Delattre est revenu de Lahti avec le titre mondial Spartan Para PO1. Avec lui sur la course, Magali Alliod et Gaëtan Bataille. Le filet du tremplin, les escaliers, les bras qui chauffent, les pointes en descente et la ligne d’arrivée : on leur a demandé de raconter leur championnat du monde à trois.

Si vous fermez les yeux et qu’un seul moment de cette course vous revient, lequel ?

Thomas Delattre : Le passage de la ligne d’arrivée. La libération de toutes les émotions, la fierté d’avoir fait cette course avec des personnes en qui j’ai entièrement confiance et qui comptent énormément pour moi. Et le relâchement de toutes ces heures d’entraînement.

Magali Alliod : Moi, c’est en bas du filet du jump. C’était notre défi. On nous avait proposé de le contourner et on a dit non. Je l’avais fait l’année dernière, je savais ce qui nous attendait. Et là, on a été obligés de travailler en coordination. C’était beau.

En coordination, c’est-à-dire ?

Magali : Pour éviter que les pieds de Tom se coincent dans le filet, il fallait lui maintenir les jambes, mais sans le pousser. Gaëtan lui tenait les pieds et moi le bassin. Mais c’est lui qui montait à la force des bras.

Pour lui, c’était un gros effort. Pour nous aussi, parce qu’il fallait s’adapter à son rythme et pas à nos jambes.

Ça vous a pris combien de temps ?

Magali : Nous, on a mis douze minutes. Mais on s’est fait un brief en bas. Je pense que Tom a mis à peu près huit minutes pour monter.

Thomas, huit minutes dans un filet, ça donne quoi ?

Thomas : C’était dur. Les bras et les épaules ont bien chauffé. Mais je suis super content de l’avoir fait. Je pensais qu’on avait mis beaucoup plus de temps que ça.

Sur l’ensemble de la course : le moment fort, celui où vous avez douté, celui où il a fallu aller chercher dans les réserves ?

Thomas : Le moment fort, c’est le passage de la ligne d’arrivée.

Le moment où j’ai douté ? Il n’y en a pas eu. Parce que je sais que, peu importe ce qu’il se passe avec Magali et Gaëtan, on ira au bout de la course.

Le moment où j’ai été chercher dans les réserves, ce sont les derniers obstacles. Ils tirent énormément d’énergie.

Et le moment où je suis le plus fier, c’est un tout. Bien sûr, je suis fier de ce que j’ai fait. Mais je suis surtout fier de mes coéquipiers, qui ont été incroyables et sans qui tout ça ne serait pas possible.

Magali : Pour être très honnête, le terrain n’était pas du tout adapté pour un fauteuil roulant. On n’a pas pu faire les belles pointes comme aime Tom — ce qui m’a bien arrangée !

C’était un terrain assez technique, mais l’expérience a fait qu’on a su gérer.

J’ai douté un peu au début parce qu’il y avait beaucoup trop d’escaliers. Et je sais que ça, c’est très énergivore pour tout le monde.

On a préféré la seconde partie de la course à la première, c’est sûr.

Gaëtan Bataille : Douter, c’est un luxe qu’on ne pouvait pas vraiment se permettre.

Cette course, on en a rêvé. On était sur cette ligne de départ, il fallait faire le job. Le terrain n’était clairement pas adapté, plus technique cette année pour les championnats du monde Para que l’année dernière pour les championnats d’Europe valides.

Mais tous les trois, on est une famille. On est soudés, animés par la même volonté et les mêmes convictions. C’était une fierté d’être tous les trois sur la ligne de départ, une fierté encore plus grande de franchir cette ligne d’arrivée ensemble. On l’a fait. Et si c’était à refaire, je signerais demain pour recommencer.

Il y a quand même eu moyen d’envoyer un peu ?

Thomas : J’ai quand même eu trois ou quatre belles pointes en descente sous les 3’30/km !

Magali : Oui, oui, et j’ai suivi ! J’ai un PR !

Thomas : Les descentes, c’est mon moment de kiff.

Donc le prochain objectif, c’est Need for Speed : Tom Edition ? On ne dévoilera pas ici la qualité du montage envoyé dans la conversation. Disons simplement que l’idée n’a pas été rejetée.

Plus sérieusement : qu’est-ce que vous conseillez à quelqu’un qui regarde vos images et qui se dit qu’il aimerait se lancer ?

Thomas : Bien s’entourer et se dire qu’on peut le faire.

Magali : Surtout, ne brûlez pas les étapes.

Entourez-vous de personnes de confiance, dotées d’un mental solide. Il faut avoir pleinement conscience des difficultés, sans pour autant s’en servir comme excuses, et chercher constamment à progresser.

Améliorer le fauteuil, ajuster la position des accompagnants et repenser l’adaptation à chaque obstacle.

Gaëtan, un dernier mot ?

Il l’avait finalement donné un peu plus tôt :

« À nous trois, jamais rien d’impossible !! »

Pour 2027, il prévient déjà : il signerait demain pour repartir chercher un deuxième titre.

On connaît au moins trois personnes qui n’ont pas vraiment l’air d’avoir envie d’en rester là.